Le tennis peut être d'une cruauté sans nom. Matteo Berrettini en a fait l'amère expérience mercredi sur le Philippe-Chatrier, contraint d'abandonner face à son compatriote Matteo Arnaldi alors qu'il était mené 5-7, 2-5 en quarts de finale de Roland-Garros.
La douleur s'est manifestée au milieu du premier set, sur un geste de service. « J'ai commencé à sentir quelque chose en servant, a-t-il raconté en conférence de presse. Plus je jouais, plus ça empirait. » Après un temps mort médical qui a révélé une inflammation sévère de la hanche gauche, l'Italien a compris que le combat était perdu d'avance.
Ce qui rend cette scène si poignante, c'est la répétition. Berrettini, 30 ans, a connu des blessures au poignet, aux abdominaux, au pied, à la hanche droite. Chaque fois, il est revenu. Chaque fois, son corps l'a trahi de nouveau. « Je suis fatigué d'abandonner, a-t-il lâché, les yeux rougis. Je suis le dernier à vouloir quitter le court comme ça. »
Le timing ajoute à la brutalité de la situation. Berrettini vivait son meilleur parcours parisien depuis des années. Après avoir traversé ce qu'il décrit comme des « ténèbres » liées à ses blessures, il avait retrouvé le sourire en atteignant les quarts, enchaînant des victoires pleines de combativité. Tout semblait enfin aligné.
« Je suis fier de la façon dont je me suis battu dans ce tournoi », a-t-il insisté, comme pour se raccrocher à quelque chose de positif dans le naufrage. Mais sa voix tremblait, et la fierté ne suffisait pas à masquer l'inquiétude. Wimbledon, son tournoi fétiche, commence dans trois semaines. « Je ne sais pas combien de temps ça va me garder éloigné des courts. Dans ma tête, il y avait cette pensée de ne pas vouloir être absent trois mois. J'espère m'être arrêté à temps. »
De l'autre côté du filet, Arnaldi a eu la décence de ne pas célébrer. L'Italien, classé au-delà du top 100, s'est retrouvé propulsé en demi-finale d'un Grand Chelem pour la première fois de sa carrière, un moment de joie teinté par la douleur de son compatriote.
La blessure à la hanche gauche est distincte de celle qui avait touché sa hanche droite en 2019 et 2020. Un nouveau problème, sur un corps qui accumule les cicatrices. « Ça m'a volé la possibilité de me battre jusqu'au dernier point », a résumé Berrettini, la voix nouée.
L'histoire de Berrettini à Roland-Garros 2026 restera celle d'un comeback inachevé. Celle d'un champion qui refuse de céder mais dont le corps ne suit plus. Le tennis lui doit au moins cela : se souvenir de sa bravoure autant que de ses abandons.

