Quand Flavio Cobolli a converti sa balle de match face à Félix Auger-Aliassime mercredi après-midi, ce n'est pas seulement un joueur qui a gagné un quart de finale. C'est tout un pays qui a franchi un cap sans précédent dans l'histoire des Grands Chelems.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Trois Italiens en quarts de finale du même tableau : Cobolli (tête de série numéro 10), Matteo Berrettini (non classé tête de série, 105e mondial) et Matteo Arnaldi (104e mondial). Avec Cobolli déjà qualifié pour les demi-finales et Berrettini-Arnaldi programmé en session de soirée, la suite est écrite : la demi-finale sera 100% italienne, et un Italien disputera la finale dimanche. Du jamais vu dans l'ère Open.
Le phénomène dépasse le simple exploit d'un jour. L'Italie du tennis construit sur des fondations solides depuis une décennie. Jannik Sinner a ouvert la voie en remportant l'Open d'Australie 2024 et en s'installant au sommet du classement mondial. Lorenzo Musetti a enchaîné les performances en Grand Chelem. Berrettini, après des années marquées par les blessures, effectue un retour spectaculaire à 30 ans : il est le joueur le moins bien classé à atteindre les quarts à Roland-Garros depuis Igor Andreev (125e mondial) en 2007.
Ce qui frappe dans cette vague italienne, c'est la diversité des profils. Cobolli, 22 ans, est un joueur de construction, patient, qui étouffe ses adversaires par la régularité et la variation. Berrettini reste un attaquant féroce dont le service et le coup droit font des ravages sur toutes les surfaces. Arnaldi, 23 ans, est un battant dans l'âme, capable de renverser Frances Tiafoe en cinq heures et vingt-six minutes comme il l'a fait au tour précédent.
La fédération italienne, longtemps en retrait par rapport aux grandes nations du tennis, récolte les fruits d'une politique de formation ambitieuse et d'une culture de travail exigeante. L'effet Sinner a décomplexé toute une génération : voir un compatriote gagner des Grands Chelems a libéré les ambitions de chacun.
De l'autre côté du tableau, et attendent en demi-finale. Mais une chose est certaine : dimanche, un Italien sera en finale de Roland-Garros. Et si le duel Berrettini-Arnaldi offre le spectacle attendu, le tennis mondial devra s'habituer à compter les Azzurri parmi les favoris de chaque Grand Chelem.


