Lorsqu'Emma Raducanu a remporté l'US Open 2021 en tant que qualifiée, le monde du tennis pensait avoir assisté à un événement irrépétible. Cinq ans plus tard, Maja Chwalińska dispute la finale de Roland-Garros après être passée par les qualifications. Le club le plus exclusif du tennis féminin compte désormais deux membres.
Les chiffres expliquent pourquoi l'exploit est si rare. Une qualifiée doit remporter trois tours de qualification avant même d'entrer dans le tableau principal, puis sept matchs supplémentaires pour atteindre la finale. Dix victoires consécutives, contre des adversaires de niveaux radicalement différents, avec la fatigue qui s'accumule et l'absence totale de points de repère à ce niveau. Chwalińska avait disputé seulement deux tableaux principaux de Grand Chelem dans toute sa carrière avant ce Roland-Garros.
La comparaison avec Raducanu est tentante mais les trajectoires divergent. L'Anglaise avait 18 ans et surfait sur une vague d'insouciance, sans aucune pression ni histoire personnelle lourde. Chwalińska, elle, arrive à 24 ans après avoir traversé une dépression sévère qui l'avait éloignée des courts en 2021. Son retour au tennis n'avait rien d'évident, et sa progression en 2025 dans les tournois ITF puis WTA 125 ne laissait pas présager un tel parcours.
Les deux trajectoires partagent pourtant un point commun : l'adversité croissante n'a fait que renforcer leur jeu. Chwalińska a battu quatre joueuses du top 50 durant cette quinzaine, dont Maria Sakkari, Anna Kalinskaya et Diana Shnaider. Son tennis de gauchère, construit sur les angles et le placement plutôt que la puissance brute, a déstabilisé chacune de ses adversaires.
Avant Raducanu et Chwalińska, aucune qualifiée n'avait atteint la finale d'un Grand Chelem dans l'ère Open chez les femmes. En l'espace de cinq ans, le modèle s'est reproduit deux fois. Le tennis féminin, souvent critiqué pour son imprévisibilité, en fait ici sa plus belle vertu : sur deux semaines, le classement ne protège personne.


