Vingt. C'est le nombre de victoires consécutives que Jannik Sinner vient d'aligner en Masters 1000, après sa qualification en quarts de finale de Madrid face à Cameron Norrie (6-2, 7-5). Un chiffre qui le projette dans une dimension historique, aux côtés des plus grands noms du tennis masculin.
La série a débuté en mars à Indian Wells, où l'Italien a remporté le titre sans perdre un set. Elle s'est prolongée à Miami, avec un quatrième titre Masters consécutif, puis à Monte-Carlo, où Sinner a dominé le tableau avec la même autorité. À Madrid, quatre victoires supplémentaires portent le total à vingt. Et ce n'est peut-être que le début.
Le record absolu appartient à Novak Djokovic, qui avait enchaîné 31 victoires consécutives en Masters 1000 en 2011, une saison considérée comme l'une des plus dominantes de l'histoire du tennis. Roger Federer détient la deuxième marque avec 27 victoires consécutives. Rafael Nadal, pourtant roi de la terre battue, n'avait atteint que 19 avant que Sinner ne le dépasse dimanche à Madrid.
Ce qui rend la série de Sinner remarquable, c'est sa polyvalence. Indian Wells et Miami se jouent sur dur. Monte-Carlo et Madrid sur terre battue. L'Italien domine sur les deux surfaces avec la même aisance, un trait qu'il partage avec Djokovic mais qui le distingue de Nadal, dont les séries en Masters étaient largement construites sur l'ocre.
Sur ces 20 matchs, Sinner n'a été poussé au troisième set qu'à de rares occasions et n'a presque jamais été en danger. Sa domination au service associée à une capacité de retour constamment menaçante crée un étau dont peu de joueurs parviennent à se dégager. Sur terre battue, sa frappe lourde de coup droit et son aptitude à dicter les échanges depuis le fond du court en font le joueur que personne ne veut affronter en ce moment.
Jusqu'où peut-il aller ? Le prochain palier est celui de Federer à 27 victoires. Pour l'atteindre, Sinner devrait remporter Madrid puis enchaîner trois victoires à Rome. Un scénario ambitieux mais loin d'être irréaliste au vu de sa forme actuelle. Le record ultime de Djokovic à 31 nécessiterait une domination totale jusqu'à Roland-Garros.
L'Italien refuse toutefois de se comparer aux légendes. Après sa victoire contre Norrie, il a botté en touche avec son flegme habituel, préférant se concentrer sur son prochain adversaire plutôt que sur les statistiques. Une approche match par match qui est peut-être, justement, le secret de cette série extraordinaire.
À 24 ans, Sinner n'est plus simplement le numéro 1 mondial. Il est en train de graver son nom aux côtés de ceux qui ont redéfini les limites du tennis de haut niveau. Madrid n'est qu'une étape. La suite s'écrira à Rome, puis à Paris.

